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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 13:10

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Extrait de Joelle Zask, L'Opinion publique et son double, vol 1, L'opinion sondée, Paris, L'Harmattan, 2000.

 

 

 

5 — Les définitions récentes: l'opinion publique est la somme des opinions privées

 

Au contraire, les définitions behaviorales de l'opinion publique procèdent simplement à partir de la sommation des opinions privées dont l'ensemble constitue ce qu'il a été convenu d'appeler l'opinion de la masse.

Ce que Tarde nomme “ l'Opinion ” est qualitativement différent de la somme des opinions que chacun entretient en son for intérieur sans relations avec autrui, puisque qu'elle naît, on l'a vu, d'un sentiment de participation à une sorte de communauté spirituelle entre tous les lecteurs de l'information sur laquelle la personne fait porter son jugement. Les relations d'influence pour ainsi dire verticales entre le journaliste et son lecteur seraient donc sans effet si elles n'étaient pas fortifiées par les relations horizontales de communication entre les différents lecteurs d'un même journal ou d'une même information. Cette dimension, qui n'a sans doute fait que grandir avec l'apparition des médias plus récents[1], est totalement occultée par la “ science de l'opinion publique ”, enquêtes ou sondage. Ces transformations tiennent autant, comme on l'a vu, à la méthodologie de l'enquête et du sondage qu'à l'affirmation de neutralité des spécialistes de l'opinion publique.

La quantification de l'opinion publique est née d'une logique interne aux sciences sociales: ces dernières, en obéissant au primat du positif et du vérifiable par l'expérience ou l'observation, ont rencontré la notion d'opinion publique sur le chemin qui mène des principes normatifs à la science parce que leurs priorités méthodologiques les obligeaient à ne considérer comme déterminant des faits sociaux que ce qui était quantifiable et analysable en termes de sommation statistique. C'est donc en se concentrant sur les ressorts fondamentaux du comportement individuel ayant une conséquence sociale qu'elles ont découvert l'objet qui leur convenait le mieux. L'opinion publique comme somme des opinions individuelles et comme ensemble complexe de clivages entre des groupes à l'intérieur de chacun desquels les individus émettent des opinions identiques, a émergé de l'interprétation des faits psychosociaux en termes d'uniformité statistique. Les politologues ont ultérieurement repris à leur compte, sans aucune réflexion critique et sans aucune précaution méthodologique, les modèles d'analyses des faits sociaux qui étaient nés dans les laboratoires de psychologie et les instituts de sondage, où ils étaient légitimes. Mais, afin d'intégrer la science politique dans le vaste mouvement des sciences behaviorales et de contribuer en tant que spécialistes en science politique à la caractérisation d'un fait aussi essentiel à la démocratie que l'opinion publique, ils ont en outre commencé à réfléchir à l'opinion publique en termes de fait politique.

En bref, les sciences sociales behaviorales ont abouti à un concept remanié de l'opinion publique dont les politologues — et même, dans une certaine mesure, les philosophes — ont fait sans précaution le point de départ de leurs propres investigations. Ils aboutiront à des définitions qui combinent les éléments psychologiques fournis par les sciences sociales avec les fonctions empiriquement déterminables du rôle de l'opinion publique dans le processus politique général.

Il n'est pas nécessaire ici de faire le recensement exhaustif de toutes les définitions que les politologues ont proposées de l'opinion publique entre 1920 et 1960. Un tel travail serait redondant et n'apporterait rien de nouveau. Il suffit de se cantonner à quelques ouvrages qui entérinent clairement la jonction entre la psychologie, l'enquête empirique et le sondage, pour montrer que les définitions contemporaines de l'opinion se fondent plus sur l'interaction de ces approches que sur une théorie politique explicite.

Par exemple, les auteurs qui, à partir de la fin des années soixante, proposent des comptes-rendus des “ acquis ” dans le domaine de la science de l'opinion sous forme de manuels destinés aux étudiants des universités, d'articles d'encyclopédie ou de morceaux choisis, sont particulièrement représentatifs de l'orthodoxie nouvelle en la matière. L'histoire de l'opinion publique en tant que principe de légitimité de la démocratie commence avec la création de l'État constitutionnel. Mais l'histoire de l'opinion publique en tant que “ fait ” commence seulement au cours des années vingt avec la méthodologie de sa quantification, dont on a vu qu'elle se fonde sur une série de présupposés invalidant en partie sa scientificité.

Le contexte de toutes les définitions behaviorales issues de la science politique est double: d'un côté, l'opinion publique est, dit-on de tous côtés, ce sans quoi le régime politique cesse d'être une démocratie, et ce qui en constitue le principe de légitimité — un trait que Habermas a clairement relevé[2]. De l'autre côté, on remarque pourtant sans cesse, jusqu'à aujourd'hui, qu'elle est insaisissable. V. O. Key, par exemple, rappelle que l'opinion publique et la démocratie sont impliquées l'une part l'autre: “ A moins que les vues de la masse aient une place dans le domaine des décisions politiques, tous les discours sur la démocratie sont un non-sens. ” Mais il insiste aussi sur la difficulté d'assigner à l'opinion publique une signification précise: “ Parler avec précision de l'opinion publique est une tâche qui n'est pas sans ressemblance avec celle qui consiste à en venir aux prises avec le Saint-Esprit[3]. ” Les enquêtes et les sondages étaient nés pour combler cette lacune une vingtaine d'années auparavant, mais le fait est qu'en 1961, Key ne semble pas penser qu'ils ont réellement pourvu à leur tâche.

On peut distinguer trois aspects principaux de ces définitions: (1) Elles sont destinées à invalider les prétendus présupposés de la souveraineté populaire fournis par “ la tradition libérale ”. (2) Elles opposent à des notions normatives sur l'homme la “ connaissance ” psychologique de son comportement. (3) Enfin, elles aboutissent à une redéfinition de l'équilibre des forces en démocratie. De même que chaque étape de l'histoire de l'opinion publique se fonde sur une conception sous-jacente de la démocratie, chaque définition de l'opinion publique implique, que cela soit assumé ou non, une définition corrigée de la démocratie. Chacune d'elle repose fondamentalement sur une conception spécifique de la répartition des fonctions et des aptitudes politiques dans l'État. Autrement dit, aucune définition de l'opinion publique n'est véritablement neutre, aucune n'est “ réaliste ”. C'est au contraire dans le contexte de la défense de telle ou telle conception politique qu'elles peuvent être explicitées.

Les trois éléments qui viennent d'être signalés se retrouvent dans le texte de Key, condensés dans l'introduction:

(1) Le but de ce livre est en effet de proposer une conception du public et de l'opinion publique qui soit rigoureusement purgée de toute “ métaphysique ”: “ Ceux qui étudient l'opinion publique apprennent rapidement qu'il n'est pas éclairant de parler du public au singulier. Dans leurs caractéristiques biologiques, les hommes sont d'une diversité infinie; dans leur comportement politique, ils sont sans doute tout aussi divers. ”(p. 543) Pour éviter toute ambiguïté supplémentaire, Key propose de substituer au concept de public celui de masse. La notion d'opinion publique est elle aussi débarrassée de tous ses attributs encombrants: “ Pour atteindre les buts de l'analyse politique, on n'a pas besoin de se fatiguer douloureusement à former une représentation théorique d'une entité étrange appelée “l'opinion publique”. On n'a pas besoin de chercher à découvrir le public incarné dans quelque sorte de structure sociale amorphe qui procède à travers des modèles d'action récurrents quand il parvient à une décision. ” (p. 14)

(2) En revanche, la psychologie individuelle et “ sociale ”, contrairement à la philosophie, fournit des données utilisables. Après avoir remarqué que, depuis une vingtaine d'années, l'opinion publique est devenue un objet d'étude privilégié de la psychologie, l'auteur se propose “ de tenter d'insérer le savoir récent [la concernant] dans un contexte politique ”, c'est-à-dire d'étudier la façon dont l'opinion publique agit sur le gouvernement, les moyens qui sont les siens et la portée de son influence.

Lazarsfeld d'abord, puis Berelson, avaient eu une démarche similaire. Berelson avait en effet plaidé lui aussi pour l'intégration des résultats des sciences psychosociales[4] dans les perspectives de la théorie politique et pour une conciliation entre l'exploitation des données empiriques des enquêtes et les principes du libéralisme. Psychologues, sociologues, spécialistes de marketing et statisticiens ont confisqué les études sur l'opinion publique, remarque-t-il, et ont dépolitisé à l'extrême cette notion. Il se propose donc de promouvoir une réflexion spécifique à la science politique sur ce sujet. En réalité, ce projet de re-politisation se solde par un rappel des vertus de l'interdisciplinarité et par une simple intégration de la démarche psychologique behaviorale[5].

Au lieu de redonner un “ contenu politique ” à l'opinion publique, comme il avait eu le projet de le faire, il se contente de rechercher à quelles conditions l'opinion publique telle qu'elle a été définie par la psychologie peut avoir une fonction politique en démocratie. Ses préoccupations sont elles aussi psychologiques: “ Les théoriciens nous disent comment un électorat démocratique est censé se comporter et nous, spécialistes de l'opinion publique, prétendons savoir quelque chose au sujet de la façon dont cet électorat se comporte réellement dans ce pays. ” Sa démarche consiste alors à établir sous la forme d'une liste les traits dominants du “ caractère ” individuel requis par la démocratie et de mesurer leur degré de réalisation par les résultats des enquêtes. L'évaluation de la compatibilité entre “ le comportement réel ” des citoyens et le “ caractère démocratique ” idéal serait d'ailleurs du ressort des psychologues: “ C'est ici que les psychologues peuvent faire une contribution importante à l'étude du comportement politique. ”

De même, le matériel sur lequel toutes les études menées par Key se fondent est fourni par un ensemble d'enquêtes et de sondages qui ont été menées par les chercheurs du Survey Research Center de l'Université du Michigan. Dans l'introduction, le flou terminologique qui entoure la notion d'opinion publique est surprenant: public opinion, l'objet du livre, qui a 600 pages, s'y retrouve accompagné de nombreux termes “ équivalents ”: opinion du public, volonté populaire, autorité populaire, sentiment de la masse, vues de la masse, etc[6]. Quand l'auteur cite Pascal qui, d'après lui, “ baptise l'opinion publique “la Reine du monde” ”, on peut penser que la confusion terminologique est complète.

Après avoir recensé différentes approches ou définitions de l'opinion publique — depuis celles qui font du public un organisme jusqu'à celles qui admettent l'existence de plusieurs publics particuliers, celles qui englobent toutes les opinions, coutumes ou convictions communes incluses, et celles qui réservent la notion aux opinions qui ont pour objet un intérêt public, celles qui font de la communauté ou de la collectivité la condition préalable de l'opinion publique et celles qui procèdent par addition des opinions individuelles… — Key les congédie toutes au profit d'une thèse personnelle qui est si vague qu'elle a du moins le mérite d'englober toutes les précédentes: “ “L'opinion publique” dans cette discussion peut être simplement prise pour ces opinions soutenues par des personnes privées auxquelles les gouvernements trouvent qu'il est prudent d'être attentif. ” (p. 15) Cette “ conception large, et quelque peu vague, de l'opinion publique ” permet d'en finir avec les subtilités théoriques dont, d'ailleurs, l'analyse politique n'a aucun besoin. Est publique l'opinion qui, d'une façon ou d'une autre, directement ou indirectement, influence ou pourrait influencer la politique du gouvernement pour peu qu'une attention lui soit prêtée. L'étude de la façon dont cette influence s'exerce ou pourrait s'exercer ne dépend pas du tout du degré de structuration ou de la qualité du “ public ”. A la recherche de ce qui définit le public, l'auteur substitue le concept d'operative public, qui satisfait aux exigences de l'analyse politique. Que le “ public ” soit réduit ou vaste, informé ou ignorant, attentif ou passif, plébiscitaire ou vindicatif, peu importe; il n'existe pour l'auteur aucun principe qui puisse ou qui doive régir le mode de communication entre les citoyens et le gouvernement, sinon celui suivant lequel tout gouvernement doit prêter attention aux opinions en général parce que telle est la condition de sa stabilité.

La dilution du sens du “ public ” va de pair avec celle qui s'opère à l'égard de l'opinion publique: là aussi, il serait “ restrictif ” de la définir par quelque propriété ou qualité particulières. C'est pourquoi “ les vues superficielles et les anxiétés passagères, les préjugés, les préférences, les revendications, et les convictions ” (p. 16), mais aussi les coutumes et même les “ opinions latentes ” (p. 17) sont toutes à prendre en égale considération, car toutes ont cette propriété d'influencer la conduite des affaires publiques. Le gouvernement est donc une vaste oreille à l'écoute de ce que les gens expriment, disent tout bas ou même, ne disent pas du tout, puisque le livre consacre une partie importante à l'étude des influences que les opinions “ non-exprimées ” exercent.

Les auteurs qui ont accepté de ranger au titre d'opinion publique les opinions privées et “ latentes ” des individus sont nombreux. La connaissance psychologique du comportement humain autorise cette assimilation: si la formation des opinions dépend avant tout de l'influence de l'environnement sur l'individu et de la manière dont l'individu est déterminé à réagir aux excitations extérieures qui en proviennent, la distinction entre l'opinion qui se forme à partir des expériences publiques et celle qui se forme à partir des volitions obscures cesse d'être pertinente. Par exemple, Christenson et McWilliams considèrent que “ publiques ou privées, les opinions sont le résultat d'influences similaires. En outre, nous sommes nécessairement intéressés non seulement par la manière dont on perçoit et ressent mais aussi par la manière dont on se comporte en résultat de ces perceptions et de ces sentiments. Ainsi, l'attitude et le comportement tous les deux sont une part de ce que nous avons à l'esprit quand nous discutons de l'opinion publique. […] Par conséquent, dans cette présentation, nous ferons des allers et retours entre les opinions “publiques” et les opinions “privées” et entre les attitudes et les comportements en tant qu'ils sont nos variables dépendantes, reconnaissant que la dynamique de causalité est similaire dans chaque cas[7]. ” Pour plus de clarté, précisons que les auteurs recueillent le sens des termes “ attitude ” et “ comportement ” de M. Brewster Smith, Jerome S. Bruner et Robert W. White: selon ces derniers, l'attitude est une “ prédisposition à faire une expérience, à être motivé par, et à agir vers une classe d'objets, d'une manière prédictible[8] ” qui n'est pas directement observable, tandis que le comportement est cette prédisposition manifestée sous forme d'opinion ou de mouvement. L'opinion et le comportement deviennent ici des termes strictement synonymes.

Daniel Katz montre que la formation des opinions obéit à la logique de la recherche de bien-être (comme le “ renforcement de l'ego ”) et à l'évitement de la peine, et en déduit la nature de l'opinion publique: “ S'il y a quelque chose que nous savons au sujet de la formation de l'opinion dans le public de masse, c'est que les opinions sont intensément personnelles et intérieures, qu'elles sont le produit de besoins psychologiques, de croyances socialisées et d'expériences personnelles[9]. ”

L'ensemble des opinions soutenues par un public de masse forme, selon Philip E. Converse, un “ système de croyances ” qui procède en même temps des convictions intimes plus ou moins conscientes des individus socialisés (pour ne pas dire conditionnés) et des influences que le groupe auquel ils appartiennent exerce sur eux[10].

Enfin, en 1975, Alan D. Monroe n'apporte rien de nouveau lorsqu'il définit l'opinion publique de la manière suivante: “ Pour notre but, le terme peut être défini très simplement: l'opinion publique est la distribution des préférences individuelles à l'intérieur d'une population. En d'autres termes, l'opinion publique est seulement la somme ou l'agrégat des opinions privées sur n'importe quel ensemble de problèmes particulier. ” Il peut donc légitimement préciser que “ la majeure partie de ce livre est dévolue à analyser la nature de la psychologie politique individuelle[11]. ” L'opinion publique et l'esprit publique se trouvent donc radicalement dissociés.

 

Cette réduction des faits politiques à des facteurs psychologiques touche également la philosophie qui, bien souvent, au lieu de questionner les sources des définitions récentes de l'opinion publique, les intègre pour ainsi dire spontanément.

Quoique Habermas propose de ne pas “ renoncer au concept d'opinion publique au sens où il constitue un paradigme ” (p.253), il entérine la définition psychosociale de l'opinion publique en admettant une identité entre la “ dissolution ” de cette définition et la désagrégation réelle du domaine public. Comme ses analyses vont et viennent entre le plan de la “ science ” de l'opinion et celui des modifications sociales qui ont affecté “ la sphère publique bourgeoise ”, il devient impossible de repérer des relations causales entre les deux; celles-ci s'effacent au profit d'une entre-expression des deux domaines. L'un des buts de son livre est de démontrer que la perversion du principe de “ Publicité ” critique propre à la sphère publique bourgeoise a transformé l'opinion publique en opinion non-publique. Le livre est ainsi polarisé en fonction de deux schémas de publicité dominants. Le premier est défini comme un ensemble de discussions publiques dévolues à la critique de l'exercice du pouvoir, menées par des personnes responsables et raisonnables, tandis que le second consiste dans la sphère dégradée de l'acclamation consensuelle propre aux démocraties de masse, qui est produite par l'usage d'une publicité manipulatrice émanant des groupes dirigeants.

Mais, dans une certaine mesure, l'étude de cette transformation se fonde sur des critères psychosociaux: par exemple, l'opinion est dite non-publique parce que sa formation repose sur des processus mentaux inconscients et non sur “ une démarche rationnelle ”. L'opinion à laquelle l'orchestration publicitaire des élections et des mesures gouvernementales s'adresse prend sa source dans des “ attitudes et préjugés profondément enracinés, reposant sur des expériences qui, pour la plupart, remontent fort loin dans l'histoire et ont été transmises de génération en génération ” et utilise aussi des déterminations tels que l'âge, la classe sociale, la profession, le degré d'éducation[12]. La publicité exercée à des fins de manipulation se fonde donc sur l'invasion du domaine public par des “ opinions informelles ”, que Habermas décrit en termes stratifiés d'“ évidences culturelles non discutées ”, d'“ expériences fondamentales propres à toute biographie personnelle ”, et d'“ évidences de la culture de masse ” (p. 255). Habermas remet donc en cause l'aptitude de la nouvelle définition à rendre compte de l'opinion publique non manipulée mais ne questionne pas les procédures de son élaboration.

Dans le domaine français, on citera à titre d'exemple Julien Freund, qui adopte en 1965 la nouvelle définition de l'opinion publique de manière dogmatique[13]. C'est à des psychologues, à des sociologues et à des spécialistes du sondage qu'il se réfère quand il écrit: “ Le concept d'opinion publique a fait l'objet de travaux suffisamment nombreux pour que nous puissions nous dispenser d'entrer dans les détails. ” (p. 391) La commodité risque de faire omettre l'essentiel: “ l'opinion publique n'est pas non plus à proprement parler un phénomène politique ” (p. 296); “ Elle est de nature psycho-sociale, c'est-à-dire elle n'a plus de sens si on la sépare du groupe ou du milieu dans lequel vivent les individus. ” (p. 296)

La logique du déterminisme psychosocial qui prédomine ici conduit à identifier l'opinion publique au comportement irrationnel de la masse: elle peut être “ excitée ” par le jeu de la manipulation, “ elle est le sentiment commun du nombre qui s'impose parce qu'il se croit commun ”, “ elle ne se laisse guère instruire par les nécessités ou les prévisions; elle est parfois “ la clameur d'une minorité ” ; elle est “ une puissance anonyme ” ; “ Ce qui la caractérise surtout, c'est l'irresponsabilité“ ; “ Sa certitude est plus instinctive que réfléchie; elle est faite de peur et d'espoir ” ; “ elle croit ”; elle “ ne discute pas ”, etc. (pp. 394-395)

Freund admet donc la positivité des résultats de la psycho-sociologie et fonde sur ceux-ci sa définition, alors même que dans le chapitre précédent, l'opinion et la volonté se présentaient comme la source fondamentale de l'action politique, et qu'il s'attachait à démontrer l'irréductibilité “ du ” politique à la science: “ En soumettant toutes les conduites politiques à la science, on risque seulement de les livrer à la domination de la science, tant il est vrai que l'intellectuel a une prédilection secrète pour le despotisme éclairé. ” (p. 374) La politique est en effet un art; Machiavel nous l'a appris une fois pour toutes. Elle est une “ affaire de volonté ou d'opinion ”. (p. 374) Car le chef doit agir et l'action ne supporte pas la délibération; en outre, le renouvellement constant des situations politiques par l'intervention de facteurs faisant jouer la liberté humaine interdit le déterminisme. Enfin, comme l'action du chef tend à engendrer une situation inédite, les règles de l'action politique ne sauraient être déterminées par une science qui ne peut jamais nous dire que ce qui est.

Si l'on s'en tient à cela, il serait raisonnable, par souci de cohérence, de refuser à l'opinion publique le statut de fait politique. Curieusement, si irresponsable, irréfléchie, fluctuante, voire même inconsciente qu'elle soit, elle a pourtant une importance politique capitale: “ Bornons-nous au fait que toute démocratie fait appel à l'opinion publique. ” (p. 399) Et surtout: “ Toutefois, le principe de la libre discussion entraîne des conséquences essentielles: la reconnaissance, le droit et le respect de l'opposition, la liberté de la presse, de réunion, de conscience, etc. ” (p. 400)

Ce glissement continuel d'un lexique psychosocial à un lexique politique explique le passage jugé tout naturel à l'étude de la propagande dans le chapitre suivant, et le marasme de la fin du chapitre consacré à l'opinion publique: “ On peut finalement se demander si la démocratie est encore un régime qu'on peut distinguer des autres et auquel on peut fixer une place déterminée dans une classification des pouvoirs. Elle a si bien épousé toutes les formes possibles d'organisation politique qu'elle semble avoir perdu toute caractéristique spécifique. D'où le tragique de la notion de démocratie, aujourd'hui. ” (p. 402) Cette conclusion est identique, rappelons-le, à celle à laquelle les politologues américains étaient parvenus une quarantaine d'années auparavant et qu'ils avaient délibérément abandonnée par souci de décence après la seconde guerre mondiale.

 

Parallèlement, les politologues tâchent d'associer la psychologie individuelle et la psychologie de groupe afin de jeter les bases d'une expression des opinions privées agrégées. Floyd Allport a forgé dans ce sens une définition quelque peu ampoulée: “ Le terme opinion publique se voit attribuer son sens en référence à une situation multi-individuelle dans laquelle des individus s'expriment, ou peuvent être appelés à s'exprimer, afin de favoriser ou de soutenir (ou de défavoriser ou combattre) une condition, une personne, ou une proposition de grande importance, précise, dans une proportion de nombre, d'intensité ou de constance telle qu'elle devient probablement apte à affecter l'action, directement ou indirectement, vers l'objet concerné[14]. ” L'opinion individuelle devient donc publique à condition qu'elle se cristallise sur un objet relevant des affaires publiques et qu'elle soit suffisamment importante pour pouvoir être enregistrée. Cette définition de Allport a été souvent reprise au nom de la re-politisation de l'opinion publique. Par exemple, W. Phillips Davison la réitère pour l'inscrire dans le cadre d'une logique réactive du public: “ Le terme “opinion publique” sera utilisé ici avec le sens suggéré par Allport et se référera à une action ou à une préparation pour l'action en fonction d'un problème donné de la part des membres d'un public qui réagissent tout en espérant que les autres dans le public sont orientés d'une manière similaire vers le même problème[15]. ”

A partir des années cinquante, “ l'approche behaviorale ” en politique privilégie les vues procurées sur le comportement humain par la psychologie sociale. Parmi les déterminants qui régissent le comportement individuel, il faut désormais prendre en considération les facteurs spécifiques à la “ dynamique de groupe ” pour comprendre la manière dont la dimension collective de l'existence humaine affecte les préférences, les choix, les attitudes et les opinions des individus[16]. Ici encore, le primat du quantitatif imprime sa logique sur cette approche: les groupes de taille réduite (small groups) constituent une cible aussi appropriée aux conditions de l'enquête empirique que l'était le comportement individuel. Le “ public ” est donc morcelé en autant de sous-unités que l'évaluation empirique permet d'en établir, tandis que les phénomènes politiques dépassant les limites de ce cadre étroit, tels les phénomènes produits par les institutions elles-mêmes ou ceux qui touchent aux décisions individuelles — comme celles du leader et du dirigeant qui sont réputés agir, et non réagir — demeurent par force inexplorées. La “ dynamique de groupe ” est étudiée dans le domaine des opinions de deux manières: soit elle relève de l'influence unilatérale du leader sur l'opinion duquel tous les autres s'alignent[17], soit elle est exprimée en termes d'influences multiples naissant de la force du nombre.

Dans les deux cas, le concept d'influence devient la panacée qui permet de transposer les schémas de détermination qu'on a rencontrés auparavant en des situations “ multi-individuelles ”. “ L'influence ” y devient l'équivalent de la source d'un déterminisme qui commande la formation des opinions, tandis que des situations sociales ou spirituelles d'échange, de discussion ou de dialogues — la dimension de la conversation chez Tarde — sont tout aussi négligées qu'auparavant. Désormais, ce qui amorce la formation de l'opinion ne consiste plus seulement dans des identifications personnelles mais aussi dans des déterminants spécifiques d'interaction humaine, dont l'ensemble constitue un “ environnement ” tout aussi objectivable que l'étaient les critères ethnique, socio-économique ou géographique, qui prévalaient auparavant.

Masse (mass), foule (crowd) et populace (mob) deviennent chez Davison des termes équivalents, recouvrant de multiples mécanismes quantifiables de formation collective des opinions: “ Une fois que les attentes concernant les attitudes et le comportement des autres sur un problème donné se sont formées, ces attentes tendent à influencer les opinions et le comportement, et même les attitudes, des gens qui les nourrissent. […] Les membres d'une foule qui sont acclamés pour leur comportement tapageur seront encouragés à des excès plus grands. Un processus s'installe dans lequel les attentes produisent des ajustements de comportement, et ceux-ci, réciproquement renforcent les attentes. Quand ceci est arrivé, l'opinion publique s'est formée. ”

 

(3) Enfin, il reste à rappeler que l'intégration dans la science politique de l'opinion publique conduit à une redéfinition de l'équilibre des forces en démocratie.

Le livre de Key, par exemple, vise à montrer que ce sont les “ élites politiques ” (et non le peuple) qui mènent le jeu et en fixent les règles. Cette conclusion a déjà été rencontrée au cours des analyses précédentes. Elle est enrichie ici de tous les éléments descriptifs et empiriques qu'une quarantaine d'années d'accumulation de données a produits. Elle répond cependant à une série de problèmes différents de ceux qu'on avait rencontrés, par exemple, chez Lippmann. Ce n'est plus le processus de gouvernement par des experts qui domine, mais les processus par lesquels les élites assument leur rôle de meneurs et d'agents de formation de l'opinion publique, médiatisant ainsi les volontés de la masse, qu'elles cristallisent, et l'action gouvernementale, sur laquelle elle font pression.

L'approche psychologique et quantitative de l'opinion publique commence par admettre que toute opinion est individuelle et privée pour ensuite liquider l'individualité au profit de la mise en évidence des comportements de la masse. Elle ne la liquide pourtant pas complètement: une fois admise l'origine individuelle et privée des opinions, et congédié par là-même l'aspect relationnel du processus de leur formation, il reste cependant à montrer comment, au sein de cet atomisme général de la société, une interaction entre ce qu'on continue à nommer le public et le gouvernement reste possible, et analysable: il ne peut plus s'agir de l'action d'un “ corps social ” ou de quelque “ entité ” politique dont on a relégué l'existence dans la pensée obscure des métaphysiciens; ce qu'il faut, ce sont des individus, pourvus de qualités que la majorité des autres ne possède pas: des individus aptes à agir, aptes à comprendre la complexité des activités politiques des dirigeants, aptes à saisir les problèmes de leur temps, aptes à transmettre leur savoir à “ la masse ” et enfin apte à déceler dans la masse les aspirations et les critiques que le gouvernement se doit d'entendre, et à les lui transmettre.

Cet interprète-courroie de transmission est “  l'élite politique ”, qui inclut les fonctionnaires publics, les meneurs des groupes de pression privés, les militants des partis politiques, et tous les professionnels actifs et engagés. Ceux-ci héritent de toutes les fonctions et de toutes les aptitudes que l'opinion publique, passée au crible de la quantification, a perdues: “ le processus de gouvernement démocratique implique des interactions entre les cercles de la direction — l'élite politique — et l'opinion de la masse. […] Les éléments de la directiontravaillent dans un contexte d'opinions et d'attitudes de masse; dans le court terme ce contexte fixe à la direction ses opportunités et ses limites d'action. Les valeurs et la discipline interne aux éléments de la direction gouvernent, en retour, la manière suivant laquelle les activistes politiques agissent dans le contexte de limites et d'opportunités fixé par l'opinion publique[18]. ”

 L'“ interaction ” entre la masse et l'élite est l'élément qui se substitue à l'interaction nécessaire entre des personnes pour qu'un public soit formé. Il reste cependant à l'opinion publique, si amorphe et insaisissable qu'elle soit, un rôle de modérateur qu'elle assume grâce à son conformisme. L'opinion publique se voit attribuer une fonction assez mystérieuse; elle fournit un “ contexte ” dans lequel toute action politique doit prendre place: “ Les nuances des opinions […] devraient être considérées dans une certaine mesure comme latentes. L'opinion de la masse trouve à s'exprimer principalement à travers les mécanismes de la conduite politique des leaders. ” Elle constitue en fait un réservoir de valeurs, de coutumes, de croyances et d'habitudes qui, selon l'auteur, définissent “ un état d'esprit susceptible d'être exploité par les militants politiques ” (p. 151) mais aussi apte à les tenir en bride. L'opinion publique est un ensemble d'opinions “ latentes ” que les leaders auront intérêt à ne pas choquer. Elle se présente donc, non comme une instance critique, mais comme un ensemble d'habitudes non-exprimées dont il convient de respecter le conformisme si l'on souhaite que les cadres institutionnels de la démocratie soient conservés. Au mieux, elle sera consensuelle.

Dans cette nouvelle configuration, le bon fonctionnement des institutions démocratiques repose entièrement sur l'habileté des “ élites ”, sur leur bon vouloir et, par conséquent, sur la quantité de responsabilité qu'elles jugent bon d'assumer à l'égard du système politique. C'est à elles qu'il appartient d'être conscientes du fait qu'en cas de mécontentement, les groupes professionnels les plus pauvres sont les plus susceptibles de tourner le dos “ aux valeurs de l'ordre démocratique ”, de même qu'il est de leur devoir “ d'alléger les tensions ” pour éviter les perturbations de cet ordre: “ Il est évident que le mécanisme de l'ordre démocratique, et peut-être aussi sa survie, dépend dans une bonne mesure de ces coutumes du jeu politique qui fixe des limites de degré et de nature aux appels faits par ses leaders. Bien qu'il soit possible que l'ordre démocratique ne dépende pas uniquement du comportement des “meilleurs”, une lourde responsabilité pèse sur eux. Ainsi, il est très important de comprendre que les pratiques et les normes qui prévalent dans le recrutement, l'avancement, le rejet et l'endoctrinement du leadership sont d'une importance essentielle pour l'ordre politique. ” (p. 151-52)

Le transfert de la responsabilité politique des citoyens aux leaders (cadres des organisations politiques) a certes l'avantage d'innocenter le public de tout méfait. C'est par exemple ce que confirme le dernier paragraphe du dernier chapitre: “ les masses ne se corrompent pas elles-mêmes; si elles sont corrompues, c'est qu'elles ont été corrompues […] l'élément essentiel à la santé d'un ordre démocratique consiste dans les croyances, les normes et les compétence de ceux qui sont les gens influents, les leaders d'opinion, les activistes politiques dans cet ordre. Si une démocratie tend vers l'indécision, le déclin et le désastre, c'est ici que réside la responsabilité, et non dans la masse du peuple. ” (p. 558) Mais cet innocentement laisse aussi le large public ou le “ citoyen moyen ” exsangue de toute fonction positive.

La démocratie s'est transformée en aristocratie, à cette différence près que les hommes supérieurs n'y gouvernent pas directement. Il est sans doute absurde de faire reposer la démocratie sur la moralité, la civilité et la modération d'un groupe, dont l'auteur rappelle sans cesse la minceur, de professionnels de la politique d'autant plus puissants qu'ils dominent l'opinion informelle et latente du public, qu'ils la canalisent et fournissent à son expression les organes nécessaires à son articulation: “ S'il ne faut pas qu'une élite monopolise le pouvoir et fasse ainsi disparaître les pratiques démocratiques, les règles de son jeu doivent inclure des limites dans l'exploitation de l'opinion publique. […] Si l'on admet que le public est manipulable par des leaders sans scrupules (comme c'est le cas dans certaines conditions), le maintien d'un ordre démocratique requiert qu'on inculque aux leaders un tabou contre les appels qui mettraient en danger l'existence des pratiques démocratiques. ” (p. 538) On rendra cependant hommage à Key de chercher à situer les lieux de la responsabilité politique, sachant que la majorité des politologues a généralement occulté cette question[19].



[1]. Le succès prodigieux du réseau électronique mondial (Internet) sur lequel circulent désormais chaque jour, librement et instantanément, des millions d'informations et de messages, incite d'autant plus à rendre hommage, rétrospectivement, à la lucidité et à la justesse prophétique de Gabriel Tarde. Pour reprendre ses analogies et son modèle d'évolution historique de “ l'Esprit public ”, on peut y voir une renaissance de l'esprit de conversation. L'Internet a cependant quelque chose de singulier, que Tarde ne pouvait pas prévoir: c'est que chacun, tout en participant selon ses choix aux conversations d'échelle mondiale, y peut être “ journaliste ”, et qu'il s'y trouve en droit autant de sources d'information que de personnes qui s'y expriment. La relation verticale d'influence est donc moins importante que la relation horizontale de communication, d'autant que les effets de censure, les stratégies de manipulation et les impératifs commerciaux qui caractérisent souvent les autres médias en sont (pour l'instant) largement absents. Par conséquent, la cohésion du réseau ne provient pas de l'uniformité des opinions (dans laquelle Tarde voyait un danger), mais du sentiment que partagent tous les utilisateurs, qu'ils soient lecteurs ou intervenants, de participer à un immense vivier planétaire d'idées qui ne sont émises que pour être échangées, discutées, ou soumises à la critique d'autrui. Il faut enfin remarquer que l'anglais y étant la langue dominante, les obstacles au développement de “ l'esprit international ” qu'avait indiqués Tarde y ont souvent supprimés.
[2]. Voir Habermas, L'Espace public, chapitre VII: “ En droit constitutionnel et en science politique, l'analyse des normes dans leur rapport à la réalité de leur application dans le cadre d'une démocratie de masse (dotée de la structure d'un État-social) ne peut absolument pas renoncer à la fiction institutionnalisée d'une opinion publique, sans être toutefois en mesure de l'identifier en tant que dimension réelle, immédiatement corrélative du public formé par les citoyens. ” (p. 247). Autrement dit, le rapport à l'opinion publique dans un État constitutionnel est axiomatique puisque seul ce rapport permet de légitimer la “ domination politique ”; mais ce rapport n'implique nullement que l'opinion publique soit une réalité empiriquement identifiable. Dans la perspective de ce travail, cette conclusion n'est cependant exacte (1) que si l'on a préalablement insisté sur le fait que l'impossibilité d'assigner une réalité à l'opinion publique politique (distincte de l'opinion publique comme “ instance réceptrice ”, Habermas, p. 246) est la conséquence même des méthodes behaviorales, et non, prioritairement, de l'avènement de la démocratie de masse; (2) que si l'on a également mis en évidence le fait que l'opinion publique dans sa dimension politique échappe nécessairement à la méthode statistique et quantitative reposant sur des variables déterminantes.
[3]. V. O. Key, Public Opinion and American Democracy, New York, Alfred A. Knopf, 1961, Introduction, p. 7-8. V.O. Key était professeur d'histoire et de science politique à l'Université de Harvard. Son ouvrage sur l'opinion publique fait autorité jusqu'à aujourd'hui.
[4]. Par “ science psycho-sociale ”, il faut entendre en fait “ psychologie sociale ”, c'est-à-dire la psychologie qui traite du comportement humain de groupe, ou mieux, dans le cadre des recherches behaviorales, du comportement agrégé.
[5]. Berelson, "Democratic Theory and Public Opinion", The Public Opinion Quaterly, Vol. 16, Automne 1952, pp. 313-330.
[6]. V. O. Key, Introduction: "opinion of the public, popular will, popular rule, mass sentiment, mass view".
[7]. Reo M. Christenson and Robert O. McWilliams (éd), Voice of the People: Readings in Public Opinion and Propaganda, New York, McGraw-Hill Book Company, Inc, 1962, p. 29.
[8]. M. Brewster Smith, Jerome S. Bruner and Robert W. White, Opinions and Personality, John Wiley & Sons, Inc., New York, 1956, dans Voice of the People, pp. 33-38.
[9]. Daniel Katz, "The Functional Approach to the Study of Attitudes", Public Opinion Quaterly, 24 (1960), pp. 163-204.
[10]. Philip E. Converse, "The Nature of Belief System in Mass Public", Ideology and Discontent, NY, 1964.
[11]. Alan D. Monroe, Public Opinion In America, Harper & Row, Publishers, 1975, p. 6 et p.12. Ce texte est plus particulièrement destiné aux étudiants en science politique. Monroe est professeur de science politique à l'université de l'Etat d'Illinois.
[12]. Habermas, L'Espace public, p. 223-231. La littérature américaine, sur laquelle Habermas s'appuie, est sur ce sujet considérable. Le dernier chapitre de L'Espace public offre un bon aperçu de la littérature psychosociale sur l'opinion publique à son époque. Voir surtout Patrick Blondiaux, op. cit.
[13]. Julien Freund, L'essence du politique, Éd. Sirey, Paris, 1965.
[14]. Floyd W. Allport, "Toward a Science of Public Opinion", Public Opinion Quaterly, vol. I, n° 1, p. 23, Janvier 1937.
[15]. W. Phillips Davison, "The Public Opinion process", Public Opinion Quaterly, vol. 22, été 1958, pp. 91-106.
[16]. La littérature américaine sur ce sujet est immense. On se bornera ici à quelques passages qui mettent clairement en évidence la continuité thématique et méthodologique entre l'étude des déterminations agissant au niveau de l'individu et celle de ceux qui agissent au niveau du groupe: “ Le développement de la psychologie sociale a augmenté le nombre et les sortes de facteurs considérés dans la gamme complète de l'analyse psychologique, mais il n'a pas modifié les priorités de ces analyses. Quoiqu'il soit intéressé par le comportement des hommes en groupe, le psychologue social est néanmoins spécifiquement intéressé par les effets de l'environnement constitué par le groupe sur le comportement des individus, ou par la psychologie individuelle de l'influence interpersonnelle. ” David B. Truman, "The Impact on Political Science of the Revolution in the Behavioral Sciences", dans Research Frontiers in Politics and Government, Washington, D.C., The Brooking Institution, 1955, pp. 202-31. Cet élargissement de la psychologie individuelle à la psychologie sociale rend légitime, lorsqu'il est appliqué à la science politique, la continuité entre la formation des opinions au niveau de l'individu et les conclusions portant sur ce qu'il est convenu d'appeler “ les opinions de la masse ”, cette dernière n'étant rien d'autre que la somme des premières. Le passage suivant exprime bien la vision agrégative des analyses de groupe: “ L'un des produits de l'approche behaviorale les plus spécifiques jusqu'à présent est lié aux individus —  les individus qui votent, qui participent à la politique d'autres manières, qui expriment certaines attitudes ou croyances. Mais un individu n'est pas un système politique, et l'analyse des préférences individuelles ne peut pleinement expliquer les décisions collectives, car en sus nous avons besoin de comprendre les mécanismes par lesquels les décisions individuelles sont agrégées et combinées dans des décisions collectives. ” Robert A. Dahl, "The Behavioral Approach in Political Science: Epitath for a Monument to a Successful Protest", American Political Science Review 55, décembre 1961, 763-72.
[17]. Voir W. Phillips Davison, op. cit.: “ Un leader est quelqu'un qui, alors qu'il interagit avec d'autres, influence leurs attitudes et leur comportement plus qu'ils n'influencent les siens. ”
[18]. Key, op. cit., pp. 550-51.
[19]. Dans ce texte, Key ne fait qu'effleurer ce problème. Il a cependant sans doute été conscient du paradoxe inhérent à l'assignation de responsabilité aux seules “ élites ” dans le contexte de la démocratie, puisqu'il a par la suite dévolu ses recherches à l'interaction entre le comportement et la responsabilité politiques. Voir en particulier V. O. Key, The Responsible Electorate. Rationality in Presidential Voting. 1936-1960, Cambridge, The Belknap Press of Harvard University Press, 1966.

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Published by joelle zask - dans philosophie

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