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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 13:09
Homo Migrans -- La migration comme condition humaine (2016)

Texte issu du Festival Zones portuaires - Colloque du 12 septembre 2016,

Gênes : "Transnationalité : villes et ports du futur" (Nancy Murzilli) A paraître dans Sens Public

Joëlle Zask

 

 

La migration comme condition humaine

Marseille et Gênes sont des villes de migration, d’émigration et d’immigration, de véritables carrefours de la Méditerranée. Ce sont des ports par lesquels sont passés des millions de gens et qui ont dû leur développement au « phénomène » migratoire lui-même. Un port n’est pas une frontière ; la limite de l’eau impose une disjonction tout à fait particulière qui est à la fois visuelle, physique, symbolique. Les images de la ligne gardée, de la stabilité dans le temps, de l’appropriation, du « ici c’est chez moi », de l’enracinement, sont mises en défaut par l’élément liquide qui, potentiellement, engloutit les gens ou au contraire les soutient, selon des logiques dans lesquelles la question de la maîtrise du territoire n’a plus guère de pertinence. Les ports sont des sortes de portes, franchies dans toutes les directions, qui assouplissent les frontières, relient dedans et dehors, figurent des seuils et des lieux de passage. Les considérer ainsi apporte un nouvel éclairage sur les migrations et constitue un poste d’observation qui met en cause un certain nombre de préconceptions problématiques.

 

Parmi ces préconceptions, l’idée que la migration est un phénomène nécessairement négatif est prédominante. Souvent, les migrants sont perçus comme des êtres qui mettent dangereusement en cause les logiques traditionnelles de l’état territorial et bafouent ses prétentions de souveraineté absolue sur son espace politique. Sous cet angle, les migrants apparaissent tantôt comme des parasites, tantôt comme des envahisseurs ou des perturbateurs des équilibres locaux. À l’opposé, mais de façon tout aussi négative, les migrants deviennent des victimes impuissantes dont les bourreaux sont, selon les cas, le fordisme, le colonialisme, le libéralisme ou les processus de mondialisation.

 

Entre prédateur et victime, le migrant ne suscite donc aucune opinion positive, d’autant que ces deux figures se mêlent. La victime est telle parce que sa personnalité, son projet de vie et sa volonté ont été mis entre parenthèses et qui se retrouve là, chez nous, sans l’avoir désiré. Quant à l’envahisseur, ce n’est ni l’amour du pays où il tâche de se rendre ni le projet de s’assimiler à la culture qui l’anime, mais un programme de prédation et d’appropriation. Lui non plus ne désire pas adopter notre mode de vie et respecter nos valeurs. Bref, envahisseur ou victime, les migrants sont des gens de trop qui viennent chez nous sans vouloir de nous.

 

Sans doute ces conceptions ne sont-elles pas aussi schématiques et répandues que ce que je viens de suggérer. Mais elles sont suffisamment présentes, même si la rhétorique qui les porte est plus subtile, pour posséder désormais le pouvoir de provoquer un renversement complet de nos institutions démocratiques et ce, au nom même de la démocratie et des libertés. Ce danger est bien réel : partout dans le monde libéral, la politique anti-migrant fait recette et propulse les partis politiques extrémistes à la première place. La rhétorique nationaliste prend le pas sur la défense des droits sociaux, genrés, symboliques ou culturels des individus et des collectifs auxquels ils sont reliés, et entraîne un assentiment grandissant. C’est pourquoi repenser la figure du migrant est aujourd’hui pivotal.

 

Il y a d’abord lieu de remarquer que, au cours de l’histoire humaine, les migrations sont si massives qu’elles peuvent apparaître non comme l’accident mais comme la norme. Vues des ports de Gênes et de Marseille, c’est une évidence. Par exemple, concernant Gênes, les historiens ont établi qu’entre 1861 et 1875, 2 millions d’Italiens sont partis pour l’Amérique. Entre 1876 et 1901, environ 74000 personnes par jour quittent le port. Le maximum est atteint en 1913, année pendant laquelle 210000 personnes embarquent vers l’Amérique. À Marseille aussi, les chiffres des migrants, ici plutôt entrants, sont impressionnants. Ils sont si massifs qu’à la fin du 19e siècle, on constate que la moitié de la population n’est pas d'origine marseillaise. Parmi les principaux groupes d'étrangers se trouvent des Italiens (Génois ou Piémontais pour la majorité), des Grecs ou des Levantins. Au 20e siècle ce mouvement s'intensifie et les populations se diversifient encore plus : Portugais et Corses, Russes émigrés en 1917, Arméniens en 1915 et 1923, Espagnols après 1936, Maghrébins depuis l'Entre-deux-guerres, Africains après 1945, Pieds-noirs à partir de 1962.

Ces chiffres ne sont que quelques exemples sélectionnés dans une masse de circulations migratoires qui sont, quant à elles, et contrairement à l’art d’établir des statistiques, millénaires. De fait, l’universalité du phénomène de la migration, son intemporalité et sa portée planétaire, est incontestable. Exactement comme toutes sortes d’animaux, les hommes sillonnent la planète depuis la nuit des temps. Par exemple on sait que les aborigènes sont les premiers homo sapiens à avoir quitté l’Afrique, il y a environ 70000 ans. Ils ont alors entrepris de traverser l’Asie et sont arrivés en Australie 20000 ans plus tard. Les très nombreuses données archéologiques qui témoignent des voyages des populations sont aujourd’hui complétées par l’étude des génotypes qui permet de reconstituer des « familles » dont les individus sont désormais distants de plusieurs milliers de kilomètres et ce, depuis des centaines de générations. À l’échelle de l’humanité, la migration est la règle. Comme les baleines, les crickets, les saumons, les hirondelles, les oies ou les cigognes, les hommes sont des êtres migrateurs qui parfois parcourent des distances énormes, parfois, telles les familles se rendant régulièrement dans leur maison de campagne, voyagent sempiternellement à proximité d’un lieu fixe.

 

Penser l’homme comme un homo migrans, plutôt que comme un animal parlant, rationnel ou politique, c’est changer profondément de perspectives tout en pointant des outils de démocratisation des opinions. Je voudrais en indiquer quelques-unes.

 

Premièrement, au lieu de la considérer comme contraire à une existence normale ou à une vie idéale, la migration apparaît comme faisant partie de la vie, biologiquement ou historiquement. Au lieu de superposer le phénomène migratoire à une nature humaine préalable et fixe, voir à le penser comme contre nature, c’est l’intégrer dans cette nature.

 

Après avoir procédé à des milliers d’observations, le naturaliste Marcel de Serres dont le texte date de 1845 siècle, prête aux oiseaux un « instinct impérieux de voyager et de changer de climat », une furieuse passion de voyage, une « humeur voyageuse » plus forte que tout1. C’est ainsi qu’il explique leurs voyages saisonniers, constatant que le seul besoin de nourriture ou de chaleur n’est pas suffisant pour les provoquer et que de nombreuses migrations adviennent en l’absence d’un avantage quelconque dans ces domaines. C’est le cas d’après ses observations du Pipit, un petit oiseau qui circule entre le sud de la France et L’Égypte ou la Syrie, que ni la nourriture ni le climat ne semblent motiver. C’est aussi le cas des alouettes à hausse-col noir, du rollier vulgaire, du guêpier Savigny, des rossignols qui franchissent les mers si besoin est. Les rapaces aussi voyagent sans qu’on sache bien pourquoi.

 

Cette « humeur voyageuse » ne serait-elle pas présente en l’homme également ?

Le deuxième point est lié : même s’il est nécessaire de considérer la spécificité de chaque type de voyage, il est ici justifié de rapporter à cette humeur voyageuse un certain nombre de comportements, tels les voyages saisonniers, les déplacements professionnels, les explorations des

1 Marcel de Serres, Des causes des migrations des divers animaux et particulièrement des oiseaux et des poissons, en ligne, 1845, https://archive.org/details/descausesdesmigr000serr

aventuriers et des savants, les rencontres scientifiques dans le cadre des colloques internationaux, sans oublier bien sûr les migrations politiques et économiques en vue de plus de liberté, plus de bien-être, plus de richesse. Par exemple, selon le sociologue John Urry, notre vision des migrants est fausse, car réductrice : les passagers en situation régulière forment un groupe immense de plus d’un milliard d’individus par an, tandis qu’en permanence, 300 000 passagers survolent les États- Unis ; 31 millions de réfugiés sillonnent le monde mais c’est aussi le cas environ 700 millions de voitures, dont celles de millions de touristes2.

 

Une fois cette liaison établie, il importe de rechercher quelles sont ses qualités spécifiques qui distinguent l’animal migrateur que serait l’homme, selon mon hypothèse, certes des animaux, mais surtout de l’homme tel qu’il est défini traditionnellement, soit comme créature rationnelle ou économique, soit comme créature fabricatrice ou politique. Il importe aussi, selon l’hypothèse avancée, de rechercher en quoi ces qualités seraient éventuellement plus pertinentes pour soutenir l’entreprise de la consolidation des démocraties libérales que les autres. Quelles sont ces qualités ?

 

La première est la propension à un mode de vie pacifique et à la paix : en vertu de l’hypothèse, l’animal migrateur n’est pas un être territorial et, partant, il ne passe pas sa vie à défendre. La condition militaire ne fait pas partie de sa condition. Certes il lui faut produire un espace adapté à ses activités et le partager, mais cet espace ne peut être défini par l’intermédiaire de la forme de propriété qui s’est historiquement imposée : la propriété privée exclusive, absolue et perpétuelle.

 

Ce type de propriété a pour ancêtre « le droit du premier occupant » et même, dans le droit britannique classique, le droit du premier cultivateur. La terre que je cultive à la sueur de mon front est à moi. Le fait que j’en tire ma subsistance légitime que je me l’approprie et que j’y exerce mon droit de propriétaire à l’exclusion de tout autre droit. Cette conviction, souvent prêtée à John Locke, — et quoique ce dernier ait modulé sa démonstration de quantité de bémols et de craintes exprimées —, débouche sur la justification de la formation de l’État. Si ce dernier est nécessaire, ce n’est pas pour organiser la société qui existe indépendamment de lui, mais pour rassembler la puissance publique et la force commune seules à même de défendre les droits des propriétaires occupants et cultivateurs.

 

Aussi bien la construction de l’État territorial que la colonisation de contrées lointaines prétendument incultes et dépeuplées trouvent ainsi une justification. La propriété privée ne trouve de frein à son expansion que quand elle se heurte aux limites que lui imposent la propriété et, dans une certaine mesure, les besoins d’autrui.

2 John Urry, « Les systèmes de la mobilité », Cahiers internationaux de sociologie, 1/2005 (n° 118), p. 23-35.

L’appropriation de terres non cultivées est non seulement permise mais même recommandée, car, explique Locke, cultiver la terre, c’est accroître le rendement local tout en diminuant la portion de terre nécessaire. Prendre la terre pour la cultiver, c’est en fait la « rendre »3. Clairement, quelle que soit sa pertinence, ce droit du premier occupant dérive de l’idée que loin d’être un migrant, l’homme est un animal territorial qui tire sa subsistance de la terre qu’il travaille, et qui transforme la nature pour survivre. La condition étatique forme l’environnement propre à la condition de l’homme comme animal laborans (labours, travail)

 

Dans la perspective de l’homo migrans, les propriétés étatiques de nos constructions politiques et des concepts sur lesquelles elles reposent commencent à se fissurer. Avec elles, les idées territoriales qui se sont développées à partir de la question de la subsistance mais s’en sont au fur et à mesure détachées, révèlent leur faiblesse. Par exemple, l’idée que l’homme est un être ancré en un lieu qu’il considère comme sa « demeure naturelle », ainsi que le large éventail de convictions nationalistes qui expriment une prétendue unité symbiotique entre l’homme et la nature, acquièrent une coloration douteuse. L’homme est il un animal doté de racines ? A-t-il réellement besoin pour son confort personnel, sa sécurité, son équilibre psychologique, son développement, d’une localité fixe et définie qui l’englobe et le leste ? Son « identité » dépend-elle de facteurs antérieurs à son existence et indépendants d’elle ? Ne peut-il réaliser ses virtualités qu’à travers un acte de communion avec l’être collectif que constitue l’union entre la « culture » et la nature ? Pire, doit-il faire un avec son environnement, s’y fondre tout en lui prêtant allégeance, pour être vraiment lui- même ?

 

En l’absence de l’idéologie du « chez moi » au sens fort du terme, lorsque l’idée que je ne peux me réaliser qu’à travers la fusion de mon être avec un tout naturel qui est celui de ma Kultur et de ma terre reflue, alors la migration cesse de nous apparaître exclusivement sous le jour d’une condition exilique psychologiquement coûteuse. Même si migrer peut être douloureux, ça ne l’est pas nécessairement. Dans une certaine mesure, migrer n’est un exil que pour qui décrit son séjour sur la terre en recourant à des termes monistes, unilatéraux et possessifs, qui puisent dans le registre idéologique de l’enracinement et de l’identité.

 

Enfin, il fait partie des vertus de l’homo migrans doté d’une humeur voyageuse de développer ses facultés d’observation, d’attention, d’expérience, car il se trouve régulièrement dans un environnement nouveau qu’il doit connaître le plus précisément possible pour y être à l’aise, voire pour subsister. Contrairement aux propriétaires dont l’activité bénéficie d’un environnement stable qu’ils peuvent avoir le sentiment de contrôler, et qu’ils cherchent à dominer, le migrant recherche

 

3 Sur ces points, voir John Locke, Second Traité du gouvernement civil, Chapitre IX, « Des fins de la Société politique et du Gouvernement ». Voir aussi J. Zask, La Démocratie aux Champs, Ed. La Découverte, Paris, 2016, chapitre 1, partie 3, où je développe ces aspects.

un nouvel équilibre. Comme Abraham dans le désert, il doit s’ajuster à des conditions qui ne lui sont pas familières. Contrairement au pèlerin que sa curiosité malmène et fait ballotter, voire conduit ailleurs que là où il avait prévu d’aller4, le migrateur utilise ses facultés d’observation, d’attention, de mémoire, etc., sans quoi il ne pourrait effectuer son voyage. Les oiseaux eux-mêmes se dirigent grâce à la vue. Les routes qu’ils prennent sont celles qu’ils ont observées quand ils ont suivi la première fois en compagnie de leurs parents les côtes, les fleuves ou les vallées.

 

Tel un voyageur expérimenté, le migrateur développe un art de la migration et acquiert la connaissance des passages, des transitions et des médiations. S’il fallait représenter son terrain d’opération, on montrerait, non des parcelles et des frontières, mais, comme le font les aborigènes d’Australie sur les écorces qu’ils peignent, des voies et des failles, des pistes d’animaux sauvages, des vents, des courants. La science est vagabonde.

 

La migration abordée sous l’angle qui a été proposé n’est pas destinée à masquer les phénomènes très violents de la guerre, de la persécution, de la détresse économique ou de la détresse écologique d’un certain nombre de migrants. Sa finalité n’est pas d’apporter une explication générale à phénomène global, mais d’en modifier la perception. Il y a plusieurs avantages à cela.

 

Le premier, à l’écart du misérabilisme, du rejet ou de la stigmatisation, est de considérer le migrant comme l’un de nous, comme un être qui réalise ou actualise un potentiel commun, celui de voyager, d’apprendre des autres et de s’acculturer, de changer de climat et de partir à l’aventure.

 

 
Homo Migrans -- La migration comme condition humaine (2016)

Le second correspond à la reconnaissance du « projet migratoire » individuel qui est aujourd’hui de mieux en mieux exploré : en « donnant voix au migrant », au lieu de voir en lui un élément destiné à remplir « les poubelles de l’histoire » (Trostski), une victime ou un être errant, le migrant est « humanisé » ; on peut enfin lui accorder le mérite de l’initiative personnelle, du courage et de la détermination, l’espoir d’une vie meilleure ou tout simplement le désir affirmé de dépaysement5.

 

Nier que les migrants soient parfois contraints à la mobilité et souvent chassés de chez eux serait absurde. Mais parmi les candidats potentiels au départ et les victimes d’événements politiques, économiques ou écologiques néfastes, certains partent et d’autres restent. Les premiers seraient ils plus riches, plus peureux, ou plus jeunes que les premiers ? Difficile d’en décider. D’autant que les logiques de décision individuelle, sans être absolument déterminantes, quoi qu’elles puissent l’être parfois, sont à l’œuvre. Bref, considérer la migration sous cet angle conduit à une vision à la fois

 

4 Marie-Christine Gomez-Géraud, « La curiosité, qualité du voyageur ? Enquête succinte sur la littérature viatique du XVIe siècle », Camenae n° 15, mai 2013.
5 William Berthomière, « La mondialisation au prisme des migrations internationales », Mélanges de la Casa de Velázquez, 39-1 | 2009, 141-160.

 

plus inclusive et plus respectueuse d’autrui, vision dont les politiques de migration et les réactions idéologiques des populations pourraient s’inspirer pour s’améliorer et créer des institutions plus équitables que celles qui existent.

 

Finalement, penser l’homme comme homo migrans, c’est intégrer dans la migration un phénomène très présent chez animaux, à savoir les allers-retours. Au lieu de « migration », les spécialistes parlent du « passage des oiseaux ». La distinction entre émigration et immigration cesse d’être pertinente dans l’absolu. Comme en témoignent des millions de mouvements migratoires à diverses échelles, migrer est aller et venir, partir et rentrer. Même s’ils ne réalisent pas leur projet, beaucoup de migrants développent un projet de retour qui pose des problèmes spécifiques. Impossible de ne pas penser ici à la question du retour en Israël que les Juifs se posent depuis la destruction de leur temple par l’armée de Babylone, il y a 3000 ans, et qu’ils évoquent dans chacune de leurs prières ! Pensons aussi à Christophe Colomb qui, depuis Gênes, a sillonné les mers et effectué huit traversées de l’océan atlantique !

 

Aujourd’hui, les politiques « d’aide au retour volontaire » et la naissance de la catégorie de « transmigrant » vont dans ce sens6. Elles plaident en faveur d’une conception à la fois plus positive et plus équitable des migrations humaines. N’y a-t-il pas un migrant en chacun de nous ?

 

6 Sur la question du retour comme perspective insérée dans le projet migratoire, voir par exemple Sophie Massot, « Le retour des migrants ou l’émergence des « nouveaux Ouzbeks » : les effets d’un rite de transition », Revue européenne des migrations internationales, [En ligne], vol. 26 - n°3 | 2010.

Homo Migrans -- La migration comme condition humaine (2016)
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Published by Joëlle Zask - dans migration philosophie démocratie migrant marseille
20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 12:54
Joelle Zask

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link   http://www.eurozine.com/articles/2012-10-17-zask-en.html

Marseille: A community of strangers

Lacking any unified vision of itself, Marseille proves the possibility of a good society based on simple co-presence rather than intimate co-existence. As such, it offers an alternative approach to the diversity of Europe as a whole, argues Joëlle Zask.

I live in Marseille. I may not be a native, but I have lived there for fifteen years, and have developed an interest in the city, especially the harbour, which seems best understood not as a single zone but a plurality of spaces. Indeed the port conveys a vast array of ideas and experiences that will not merge into a single unit. On the contrary, as an open door offering access to the vast, old city of Marseille, its significance is forever unstable. Inasmuch as historic Marseille has an identity at all, it is a fluctuating, and controversial one. The city defines itself as Phocaean, founded by people who came from over the sea twenty six centuries ago. Virtually nothing of its supposedly glorious past remains visible, but this in itself is a good illustration of the way Marseille has adapted to a complex and changing reality. Sometimes called the "ancient city with no antiquities", Marseille acquired ruins and remnants of a Greek past only a decade or two ago. Before that, its ancient features were the subject of local narrative rather than any testimony of its origin.

Marseille between idea and reality

Every morning a small fish market opens on the waterfront in Le Vieux Port. It consists of blue stalls full of fish, octopus and crab. Some of the catch can be extremely lively and flips around so much that at times the fish escape from the basin where they are stacked and drop onto the floor. This fish market is undoubtedly the most famous, known and cherished feature of the city. Any journalist reporting on Marseille begins by interviewing the fishermen and presenting the images and sounds of the market, as though some deeper truth about the "real" Marseille were rooted there, and as if the fishermen were custodians of vital secrets accessible only to themselves.

Arrivals/Departures



This article is part of the Eurozine focal point Arrivals/Departures: European harbour cities

Harbour cities as places of movement, immigration and emigration, as places of inclusion and exclusion, develop distinct modes of being that not only reflect different cultural traditions and political and social self-conceptions, but also contain economic potential and communicate how they see themselves as part of the larger structure that is "Europe". [ more ]
This apparent consensus on the representative quality of the fish market in no way reflects underlying reality. On the contrary, the fish market is a place of highly contrasting, even conflicting, images. No-one can be certain of the quality of the catch or where it is sourced. Some people swear it is the perfect place to buy fish, while others warn that it is the last place you should go. Some fish are certainly alive, but wily stallholders also combine living fish with dead ones in ways that make it impossible to see the difference.

Visitors also present a range of contrasts: tourists, the elderly, people out for a stroll, habitués, customers, and – early in the morning – cooks from local restaurants. In general, the fishermen take a pretty poor view of anyone other than a real customer. They may be considered "typical Marseillais", but they dislike the urban authorities, and especially fact that the city uses the attractive image of a fish market for publicity while refusing to support to their trade.

Finally, the fish market represents the picturesque side of the city. It combines tradition, good food, the "typical Marseillais", sea, tourism, and enjoyment. This image may be accurate in some respects, but it also conceals another, very real and tough side to life in Marseille, especially the harsh economic and social conditions in the port autonome, that is to say the isolated industrial and freight harbour to the north of the city.



The fish market appears on the one hand as the iconic representation of a dreamed culture, and on the other, as a hub of conflicting ideologies and interests. In fact, the mismatch between idealized images and the reality is not an exclusive attribute of Le Vieux Port. It is a general feature of an urban space which Émile Témime, the most famous historian of Marseille, described as a city caught between adverse images: diversity and insecurity, migration and danger, welcome and rejection, integration, prostitution, official economic activities and the harbour "mafia" – none of which have close connection to the facts.[1] According to Témime, Marseille is not even primarily a migration site: the number of migrants who have remained in Marseille is low compared to the millions that have simply passed through it – either to escape France, particularly during the Nazi period, or to reach another destination in Europe. Marseille lies in the main transit zone which once held a number of refugee camps, notably the well-known camp du Grand Arenas which hosted thousands between 1944 and 1966, including Vietnamese; Jews from Central Europe and North Africa; French families; and gypsies. It is also known as a gateway to freedom from the Nazi and Vichy regimes, for Marseille did a great deal to protect fleeing people, notably by hiding them before they could embark on a boat – whether to North Africa, where many Jewish families from Algeria, Morocco or Tunisia travelled, or to America, which was the destination for thousands of others. The role played by "the American Schindler", Varian Fry, is well known. As an American journalist, he rented a bastide (a huge, traditional Provencal house) called La Villa Bel Air in Marseille. There he hid more than 2000 Jews, political opponents, artists, intellectuals and scientists over a period of 13 months, beginning in August 1940. The fact that the Nazis destroyed parts of the Old Port and an area named Le Panier, close by is no coincidence. On 22, 23 and 24 January 1943, with the help of the French police directed by Rene Bousquet, the Nazis conducted identity checks on 40,000 people, arrested 2,000 Marseillais Jews who subsequently died in extermination camps, and destroyed 1,500 buildings.

The fish market is a good way to address Marseille, for it works like an emblem of the dual reality that is, that is my view, characteristic of this harbour city. Indeed Marseille is a place where there is a satisfying degree of togetherness without any single unified vision of the city, or its past. It is a place where the conflicting narratives of diverse populations do not prevent relatively peaceful co-existence on same territory. Episodes of rejection and racist crime were recorded in the 1960s and 1970s but they appear anomalous rather than representative of the local situation. Marseille has never been a zone of major racial or ethnic warfare. Contrary to the widespread view that Marseille is a "Rio on the Med" – a city of violence, murder, delinquency, and high insecurity – its conditions are not worse than those of most large cities. Even organized crime, rampant in recent years due to territorial wars between mafia "barons", seems considerably less powerful than in Chicago, Naples, New Orleans, or Rio de Janerio. At the ethnic level, we do not find in Marseille the kind of violent and extensive riots provoked by religious, racial or ethnic enmity that have occurred since the 1990s in Paris, London, Lyon, and even sometimes in small French towns like Strasbourg, Avignon, Montbeliard, Nimes, Villiers-le-Bel, or Grenoble.



Mixité as state ideology

The example of the fish market raises questions about the need for a culturally unified narrative and, more generally, the need for unity in politics. Is a homogeneous culture a pre-condition for a shared mode of living? Must the sharing of territory, values, or expectations with regard to public behaviour be based on a uniform conception of life?

Today, these questions are especially pertinent. In Marseille, as elsewhere in France, many people believe that some populations, especially those of Arabic and Muslim origin, are intrinsically unable to assimilate into mainstream society. This leads either to xenophobic behaviour, or campaigns in favour of limited immigration. The argument is that a good society is one in which minorities embrace the majority culture and abandon their special features. In so doing they reinforce unity, without which the country would either implode into conflict or cease to exist as a national union. Instead of a nation we would see a range of small, disparate ethnic, racial and religious groups which ignore one another other and share nothing in common. This anxiety used to be expressed by the term "balkanization".

We tend to think that a good culture or a good city should be unified, and any differences within it – harmonized. In France we may not expect cultural purity, natural ethnicity, and orthodoxy, but we don't like people and groups that stay aloof and don't mix. What we want is social fusion, a merger, adjustment, in-breeding, the melting pot. We have a profound dislike of people who don't want to discard their native culture. We prefer assimilation to integration. We don't want hyphenated people.

Consider what happened with American and Canadian communitarianism. In the 1980s, this was a political theory that challenged the liberal vision of the self and the idea of a community reduced to open, rational social contracts. It was promoted by political theorists such as Charles Taylor, Michael Sandel, Alasdair MacIntyre and Michael Walzer, by way of criticism of the Rawlesian theory of justice. Yet in France communitarianism quickly became communautarisme and lost its political meaning. It came to signify a social movement seeking repli identitaire (identity withdrawal): a growing disdain or hatred of the common good in favour of local allegiances. Alongside the new focus on "cultural identity" was a growing tendency to claim that "cultural identity" as such did not exist, but only self-invented identities and constructions related to economic interests. The withdrawal of cultural communities was a withdrawal into nothing.

Nevertheless, the Marseille fish market is clearly related to another set of urban experiences. Obviously, the harbour is the site of highly varied activities carried out by extremely varied people. Here you can meet citizens of Marseille, tourists from international cruise liners, professional beggars, travellers, would-be artists, small-time dealers, people of many different cultural origins. They may not mix, but they do not fight. They enjoy the cultural plurality without dreaming of more intimate connections. They don't expect unified discourse or a single image of what is going on here, and they don't need it for seeing, loving, crossing, sharing, or talking about the Old Port.

The same applies to the city as a whole. Far from being a melting pot, it is more similar to a mosaic or a stratified formation of groups. Communities do communicate, most of the time, but they do not merge. In Marseille, we have strong cultural feelings with no major cultural conflict. Italians, Armenians, Vietnamese, Jews, Algerians, Tunisians, Provençaux, Spanish, Greeks, Lebanese, Marseillais themselves with their bouillabaisse and panisse – in one way or another, all have maintained strong cultural commitments. Some have an active relationship with their own culture, as is the case for Jews and Armenians who, as well as practising their religious life, organize festivals, journals, conferences, trips, schooling, music, theatre and so on. Other groups with a more conservative culture and deep historical roots prefer celebration to innovation. The perception that cultural habits and beliefs merit dedication, care and love, can have far-reaching consequences, and may help prevent identity disorders in people from minority cultures who feel relegated to some kind of lower, less evolved form of life.



Another kind of good society

Marseille draws attention to the possibility of a good society based upon simple co-presence, rather than intimate coexistence. Today, the harbour is a symbol of what is good about a co-presence free of moral expectation or any specific political outlook on the issue of assimilation. People mix, or do not mix, for reasons that are far beyond the control of any politician. It is not a matter of goodwill and enlightenment, but of economic and cultural opportunity. When politicized will, the social melting pot becomes vulnerable to coercion. Looking back, we know how harsh and unfair national assimilation policies have been in the past. We must not undervalue the individual pain and psychological trauma that accompanies the renunciation of a language or traditional cast of mind, which forms part of one's self-perception, world view and personality. As social scientists in the United States and elsewhere have demonstrated, we must not undervalue the usefulness of well-integrated ethnic cultures for the future integration of migrants into the society where they and their families have been received. These are just a few reasons why a project to support co-presence seems more congenial to democratic habits and beliefs, and more likely to bring social reconstruction in the long term, than a project to impose coexistence in the name of common interest and national unity.

Co-presence is not as diminutive as it may sound. It implies a society in which everybody is indeed present and therefore neither invisible, neglected nor rejected. Presence relies upon the ability of individuals to act, to produce some significant changes in the environment, to exert influence on the conditions of their life and so on. Presence means praxis. Anyone who does not contribute to the transformation of a shared environment does not count. He is absent and invisible. Yet presence relies also upon recognition from others. Whatever form refusal of this recognition may take (denial, lies, scorn, or rejection) it is clear that, when confronted with it, the individual who perceives himself as a co-actor can develop doubts about his ability to interact with others. Like a victim of trauma, he may even begin to doubt the reality of his own experiences.

Marseille may not be a perfect social environment – but nor is it a nightmare. It has features that should encourage us to consider the value of a multicultural society, free of any hope or fear that it is expected to arrive at a state of unity. Far from being compatible with liberal democracy, hopes for assimilation rather than integration represent democracy's most dangerous aspect. The dissociation of nationality and citizenship is a vital task that must be addressed. It also invites us to value and appreciate what may appear to be a community of strangers – the real community that Europe clearly represents.

 

 

 

  • [1] Émile Témime, "Marseille, ville de migrations ", in Vingtieme Siècle : Revue d'histoire, 7/1985, 37-50. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/xxs_0294-1759_1985_num_7_1_1180
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Published by joelle zask - dans marseille

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